Compte Rendu : Journée de présentation à la co-écoute

Ear L’association Parents Ressources de Metz a fait venir la référente nationale de la co-écoute, Dana Power.  Il s’agissait d’une journée de présentation et d’introduction à la co-écoute, pendant laquelle Dana nous a présenté la co-écoute, puis nous avons pratiqué devant le groupe et deux par deux. Certaines personnes du groupe s’étaient déjà essayées à la co-écoute, pour d’autres c’était une découverte. Voici enfin un petit compte rendu de cette journée riche en réflexions et en émotions !

Petite présentation théorique de la co-écoute

La co-écoute est née aux Etats-unis il y a 37 ans. Dana Powers est représentante de cette approche en France, qui concerne 200 à 300 personnes. Il s’agit d’un mouvement international dont tous les écrits sont publics. Elle est présente dans 90 pays. C’est un réseau de libération, la détresse venant de l’oppression qui nous coupe les uns des autres.

L’idée aussi est de s’occuper de ses propres émotions avant de s’occuper de celles de nos enfants, pour que nos interventions viennent du cœur et pas que de notre intellect. Nos souffrances, nos limites deviennent des prisons pour nos enfants, le but étant de se sentir mieux dans notre peau. Il existe un ouvrage d’Harvey Jackins intitulé « Le coté humain des êtres humains » où il développe sa théorie de la réévaluation par la co-écoute. Cette dernière peut être vue comme une sorte de boussole, un repère qui aide à rentrer sur le terrain des émotions en sécurité.

Le postulat de la co-écoute est que tous les êtres humains sont des personnes intelligentes, aimantes, puissantes et joyeuses. Ainsi les caractéristiques naturelles de l’être humain sont une vaste intelligence (capacité de réagir à chaque situation neuve avec une réponse adéquate), de l’enthousiasme, de la joie de vivre. Les relations naturelles entre les êtres humains ont une nette tendance à l’amour (pas d’indifférence entre les êtres humains) et à la coopération avec les autres.

Pourtant, autour de nous (et nous mêmes parfois), nous constatons que certains ne font pas preuve d’intelligence, d’autres (ou les mêmes) sont peu enclin à aimer leurs pairs, beaucoup sont tristes et parfois se sentent impuissants, dépassés. Pourquoi ?

En fait, tout ce que l’on trouve d’autres dans le comportement que ces caractéristiques naturelles innées et leurs conséquences semble être acquis, pas naturel et serait le résultat d’un mauvais fonctionnement. Alors, qu’est-ce qui ne va pas ?

Nous avons souffert et nous navons pas permis aux processus naturels de récupération de fonctionner. Ces processus naturels sont très simples mais pour diverses raisons, on les empêche de fonctionner. Nous avons besoin de nous décharger, de nous libérer de notre souffrance, de nos peurs, de notre colère, de nos émotions par un mode d’expression adéquat : nous avons besoin de pleurer, de nous mettre en colère, d’extérioriser nos émotions et de trouver une personne consciente qui est d’accord d’accueillir avec bienveillance, sans intervenir, sans vouloir réprimer notre expression.

Un autre postulat, et celui sur lequel repose le principe du processus, est que chaque oppression vécue et non exprimée est intégrée par l’individu de façon inadéquate.

Par exemple : lorsqu’un enfant est à l’école et l’instituteur lui demande « Qui était le Roi soleil ? » ; si l’enfant est un peu lent à répondre, ou impressionné par les regards posés sur lui, ou qu’il ne connait pas la réponse, tout simplement, il va bafouiller, sangloter ou répondre faux et surtout se sentir mal. Les réactions de l’adulte et des enfants vont entrainer des émotions vives que l’enfant ne pourra pas exprimer (ce n’est pas le lieu, ni le moment, le plus souvent).

Aussi, dans son cerveau, l’émotion (je me sens triste, ou en colère qu’on m’ait crié dessus…) va se mêler à ses sensations corporelles (ma gorge se noue, mes épaules se recroquevillent, mes quadriceps se contractent, j’ai chaud, j’ai froid…) et à ses pensées (je devrais le savoir, je me sens nul, ou je me sens honteux qu’on se soit moqué de moi) pour être emmagasiné en bloc, comme une pelote de laine emmêlée.

Lorsque la situation ou une situation similaire ou ressemblante se présentera, le cerveau de l’enfant ne pourra que lui « resservir » cette pelote et il y a de fortes chances qu’il bafouille de nouveau, qu’il se sente mal de nouveau, qu’il ne trouve pas la réponse attendue même s’il la connait très bien… C’est parce qu’il est « restimulé ».

Cest ainsi que nous faisons des choix basés sur nos stimulations, nous sommes souvent piégés par nos anciennes détresses.

Toutefois, on n’arrête pas d’essayer de se libérer de ses souffrances et de se décharger. Seul ce n’est pas très efficace et nous avons souvent besoin des autres. Cependant, en allant vers les autres, on tombe souvent sur des personnes qui nous bloquent, nous disent de ne pas pleurer, de ne pas nous mettre en colère, de contrôler nos émotions et quand nous commençons à raconter d’une manière vivante ce que nous avons vécu, souvent bien avant que les émotions reviennent, on est interrompu à la moindre pause par l’autre qui stoppe le processus, car il prend notre expression comme une anecdote et parce qu’il a lui aussi une autre anecdote comparable à nous raconter.

Il s’en suit souvent un dialogue banal, voire même un dialogue de sourd, et le plus souvent un échange de témoignages. Cet échange de témoignages est souvent avec assez peu d’émotions ou quand elles viennent, l’autre les bloque ou s’échappe parce que cela réveille chez lui des souffrances analogues auxquelles il n’est pas prêt ou ne veut pas se confronter.

Mais on a la capacité de guérir de nos souffrances  émotionnelles, car en dehors des automatismes on reste intact. Si l’autre nous écoute vraiment, s’il a été formé à la co-écoute, s’il s’en souvient et s’il est disponible, il nous écoute vraiment sans nous interrompre, en nous laissant exprimer nos émotions, en les encourageant même et en montrant qu’il peut les accueillir et donc en nous laissant pleurer, rire, trembler, nous mettre en colère, solliciter des câlins comme un jeune enfant. Et s’il fait cela, que nous nous laissons aller en confiance, cela fait un bien immense et nous nous sentons libérés, plus légers, soulagés… Nous pouvons donc nous aider les uns les autres en étant tour à tour disponible pour lautre, pour lui permettre de sexprimer, de vivre des décharges émotionnelles (pleurer, trembler, rire, bailler, suer…) et ensuite il en fera de même pour nous.

La réévaluation par la co-écoute permet de prendre la pelote, tirer le fil de laine, libérer le trop plein, et classer cette fois l’événement dans des cases distinctes : celle des émotions, celle des sensations corporelles, celle des idées… et ainsi, lorsqu’une situation similaire se présentera, l’individu pourra l’analyser et y répondre en utilisant toute son intelligence, toute son empathie, sa créativité, sa joie et sa puissance. Donc de façon adéquate, totalement adaptée à l’environnement. Le processus est simplement celui ci : la décharge permet la réévaluation. Plus on décharge, plus on redevient une personne adorable, joyeuse, on émerge à nouveau de la détresse. Nos vies, nos relations, notre capacité à être proche fleurissent à nouveau. Quand on voit combien le conditionnement de ne pas décharger passe de génération en génération, on imagine quel intérêt peut revêtir la co-écoute.

Comment se passe une séance de co-écoute ?

L’écoutant garde en tête que la personne qui lui parle est intelligente, joyeuse, puissante et aimante. Il sait que l’écouté trouvera lui-même les solutions à ses difficultés. Il sait qu’il est là pour et seulement pour l’aider à décharger. Si l’écouté s’éloigne, il lui permettra de revenir à ce qui l’aide à décharger.  L’écoutant ne juge pas.

Les contradictions favorisent la décharge. Le contact visuel et le fait de se tenir les mains est en soi une première contradiction. L’écoutant apportera des contradictions à la parole de l’écouté.

Exemple : « je me sens mal, je n’arrive à rien dans mon travail, mes collègues pensent sans doute que je suis un idiot » l’écoutant pourra dire « tu es une bonne personne, tu fais ce qu’il faut pour y arriver ». Cela pourra entrainer une prise de conscience, puis des pleurs ou des rires, et donc de toutes façons de la décharge.

L’écouté garde en tête que l’écoutant lui est précieux, c’est un trésor d’être écouté. Il sait que les solutions à ses difficultés sont en lui et qu’il doit se prendre en charge, il est responsable de lui même et de sa séance. Il devra demander la permission à autrui s’il a besoin de décharger en dehors d’une séance de co-écoute et ne déchargera que de façon adaptée à la situation : en séance, autant qu’il le souhaite; en dehors des séances, selon les codes sociaux.

D’autres règles existent : pas de consommation de drogue car cela estompe les émotions (on peut pleurer en ayant bu, mais cela empêche le processus de réévaluation), la confidentialité (on ne discute pas le contenu d’une séance entre nous), ne pas étiqueter les gens comme on le fait dans la vie sociale, la non socialisation ( si on ne se connaît pas avant la co-écoute, on  ne crée pas de liens, l’inverse est possible, mais il semble que cela soit une libération de le faire avec quelqu’un que l’on ne connait pas).

La réévaluation par la co-écoute, c’est une sorte d’hygiène émotionnelle… Est-ce qu’il nous viendrait à l’esprit de ne pas nous laver, ou de ne plus rien penser ? Alors vivons nos émotions !

Pour aller plus loin: http://www.rc.org/publications/translations/french/frenchhowto.html